Chichen Itza : Feld au pied du mur
Voir Stefan Feld s'attaquer à un jeu de contrôle de territoire avec des dés, c'est inattendu. L'architecte de la salade de pointsGlossaireJeu où les points de victoire viennent de tellement de sources différentes qu'il est difficile de savoir qui gagne. qui sort la carte et les figurines, ça interpelle. Chichen Itza nous place à la tête d'une faction maya cherchant à dominer la péninsule du Yucatán. On recrute des guerriers, on invoque des héros et on combat des créatures mythologiques. Sur le papier, le programme est guerrier. Dans les faits, c'est une autre histoire.
À la table
Le cœur du jeu est simple. À son tour, on dispose de quatre actions à choisir sur un plateauGlossaireSurface de jeu imprimée sur carton rigide, représentant la carte, le monde ou l'espace de jeu. commun. Déplacer ses troupes, attaquer un adversaire ou une créature, recruter, améliorer ses unités. Le rythme est rapide, les tours s'enchaînent. Très vite, la carte se remplit et la tension monte sur les zones centrales qui rapportent le plus. On se sent constamment sous pression, avec trop peu d'actions pour tout faire. Faut-il sécuriser ce temple pour l'objectif de fin de partie ou attaquer cette créature pour un bonus immédiat ? Les dilemmes sont permanents. Le combat se résout aux dés, mais on sent la patte de l'auteur : de nombreuses améliorations et capacités spéciales permettent de manipuler les résultats. Ce n'est pas du pur hasard, mais ça reste du dé.
Ce qui fonctionne
L'hybridation des genres est audacieuse. Le jeu réussit à créer une vraie tension sur la carte, typique d'un jeu de conquête. L'interaction est directe, on ne peut pas jouer dans son coin. Se faire déloger d'une zone clé est rageant et force à s'adapter. La multiplicité des sources de points est un vrai plus. Si un joueur domine militairement, il est possible de marquer des points autrement, en chassant les monstres ou en remplissant discrètement ses objectifs secrets. Le jeu fonctionne bien à deux joueurs. La carte est réduite, la compétitionGlossaireCompétition organisée autour d'un jeu de société spécifique, avec classement et parfois des prix. pour l'espace reste forte. C'est assez rare dans ce genre pour être souligné.
Ce qui coince
Le jeu a un problème d'identité. Il ne sait pas s'il est un jeu de conquête ou un Eurogame. Les amateurs de combat direct pesteront contre la salade de points qui dilue l'importance des victoires militaires. Les amateurs d'optimisation pure seront frustrés par un jet de dé malheureux qui ruine une stratégie longuement préparée. Le thème maya est un prétexte. On déplace des pions colorés pour marquer des points. On ne ressent jamais la grandeur d'une civilisation ou le poids d'une bataille mythologique. C'est une mécanique froide plaquée sur un univers qui méritait mieux. Enfin, cette fameuse salade de points, marque de fabrique de Feld, atteint ici ses limites. On score pour tout et n'importe quoi, ce qui donne l'impression que chaque action est interchangeable. La vision stratégique à long terme se perd dans une succession de petits gains tactiques.
Verdict
Chichen Itza est une expérience intéressante, mais pas totalement convaincante. C'est un jeu pour un public très spécifique : le joueur expert qui aime autant l'optimisation que la confrontation directe et qui n'a pas peur des dés. L'expérience est solide, le système d'actions est malin, mais le jeu laisse un sentiment de compromis permanent. Il a le courage de ses ambitions, mais ne parvient pas à exceller dans un domaine précis. Un bon jeu, mais pas un grand jeu.



