Panorama, édité par Le Scorpion Masqué et sorti en 2026, vous fait construire une bande de paysage tuile après tuile, en l'allongeant par la gauche ou par la droite. Il se joue de deux à quatre, coûte autour de 23 € et appartient aux jeux familiaux légers. Les règlesGlossaireLivret décrivant l'ensemble des règles, la mise en place, le déroulement et les conditions de victoire. tiennent en quatre lignes. Vous regroupez des animaux et des fleurs sur un même type de terrain, et des objectifs communs changent d'une partie à l'autre. Son originalité tient à la façon de choisir les tuiles : chaque choix se paie en temps, et une montgolfière sert à mesurer ce temps.
Payer en tours ce qu'on gagne en choix
À votre tour, vous prenez une tuile parmi les piles disponibles et vous avancez votre montgolfière jusqu'à son emplacement. Plus la tuile est loin, plus les autres joueurs jouent de tours avant que vous ne repreniez la main. C'est le centre du jeu, et c'est sa meilleure idée.
La question n'est donc jamais seulement « quelle tuile me rapporte le plus ? ». Vous devez aussi vous demander combien elle vous coûte. Une tuile parfaite tout au bout de la rangée peut vous priver de deux ou trois occasions de vous servir ensuite. Une tuile moyenne juste devant vous vous laisse rejouer vite. Les joueurs qui apprécient le jeu reviennent souvent sur ce point : derrière une façade détendue, chaque prise demande un vrai calcul, et la réflexion devient plus serrée que ce que laissent imaginer les illustrations.
Ce système limite aussi le hasard. La disposition des tuiles reste aléatoire, mais vous choisissez toujours parmi plusieurs piles. Une mauvaise donne se contourne presque toujours, à condition d'accepter d'en payer le prix en tours. Il en découle la seule interaction réelle du jeu : prendre une tuile parce qu'elle arrangerait un adversaire, ou rester en retrait pour garder la main. À deux, ce petit jeuGlossaireJeu court (10-20 minutes) joué en attendant les retardataires ou entre deux jeux plus longs. d'évitement fonctionne bien, parce que chaque tuile laissée ou prise se voit davantage. À quatre, il se dilue. Personne n'attaque personne, et vous jouez surtout votre propre partie en surveillant d'un œil ce que les autres ramassent.
Un paysage qui ne pousse que sur les côtés
Une fois prise, la tuile s'ajoute à gauche ou à droite de votre panorama, et les terrains doivent se raccorder. Cette contrainte en ligne pèse plus qu'il n'y paraît. Vous ne disposez que de deux points d'accroche. Une zone que vous avez laissée au milieu de la bande ne pourra plus jamais s'agrandir. Le score vient de la multiplication des animaux et des fleurs à l'intérieur d'une même zone. Il faut donc décider assez tôt quel terrain vous allez faire grossir et lequel vous sacrifiez.
Les objectifs communs ajoutent une couche par-dessus. Ils changent à chaque partie et poussent chacun vers des priorités un peu différentes. Comme les paysages sont étalés en bande devant chaque joueur, ils se lisent facilement depuis l'autre côté de la table. Vous voyez qui court après quel objectif sans avoir à vous lever, ce qui donne un peu de matière à vos choix de tuiles.
Le résultat visuel divise davantage. Le but affiché est de composer « le plus harmonieux des paysages ». Pourtant, une partie des critiques trouve que la bande finale ressemble moins à une vue d'ensemble qu'à un assemblage décousu, où le calcul des multiplicateurs l'emporte sur la cohérence du décor. Le thème se résume à cela : la montgolfière qui survole le paysage a du sens, les illustrations de nature sont soignées et donnent envie de regarder les tableaux des autres, mais le décompte des points reste abstrait. Vous optimisez des chiffres sur une jolie image.
Kingdomino n'est jamais loin
La comparaison revient dans presque tous les retours. Vous choisissez une tuile, vous la raccordez par type de terrain, vous multipliez des éléments dans une même zone : la parenté avec Kingdomino saute aux yeux. La différence porte sur le mode de sélection. Dans Kingdomino, votre choix fixe votre ordre de jeu pour la manche suivante. Dans Panorama, la distance parcourue par votre montgolfière détermine combien de temps vous attendez. Le principe reste le même : la meilleure pièce se paie.
Si vous avez aimé Kingdomino, vous serez en terrain connu. Panorama vous offrira une variante avec un paysage en ligne et des objectifs qui tournent. Si vous cherchez une idée neuve, en revanche, vous trouverez peu de chose. Plusieurs critiques notent qu'il innove très peu et qu'il reste très léger, et la plus sévère juge l'ensemble peu élégant. Ce reproche est sévère mais pas absurde : la piste de montgolfières et la bande de tuiles coexistent sans vraiment se répondre, et la mécanique de placement ne tire pas grand-chose de la contrainte gauche-droite au-delà du casse-tête de raccord.
Panorama se présente donc comme une alternative à un jeu déjà installé dans beaucoup de ludothèquesGlossaireÉtablissement public ou associatif proposant le prêt et la pratique de jeux de société. familiales, plutôt que comme un successeur. Si Kingdomino est déjà dans votre étagère, la question de l'achat se pose sérieusement.
Simple à expliquer, moins simple à jouer pour tout le monde
Les règles s'expliquent en quelques minutes : prendre une tuile, avancer, poser, recommencer jusqu'à ce qu'une pile soit vide. C'est un bon jeu d'initiationGlossaireJeu accessible qui sert de porte d'entrée vers les jeux de société modernes pour les débutants., et les retours le recommandent volontiers aux familles et aux joueurs débutants ou intermédiaires.
Un bémol revient pourtant régulièrement. La simplicité des règles ne garantit pas la fluidité du tour. Pour bien jouer, vous devez évaluer la distance de chaque tuile, sa compatibilité avec vos deux bords, son effet sur vos multiplicateurs et sur les objectifs communs. Certains joueurs, surtout ceux qui veulent jouer le coup optimal, restent bloqués devant la rangée. Le rythme s'en ressent, et l'ambiance « on admire les paysages en papotant » laisse parfois place à un silence de calcul. Pour un enfant ou un adulte qui joue rarement, c'est rarement un problème : il prendra la tuile qui lui plaît et s'amusera quand même. Pour une tablée de joueurs qui aiment tout optimiser, la partie peut traîner plus que prévu pour un jeu de ce poids.
À l'inverse, si vous jouez déjà régulièrement à des jeux plus exigeants, Panorama vous paraîtra mince. Les décisions sont réelles mais peu nombreuses, et une fois le principe des tours compris, les parties se ressemblent, même si les objectifs varient.
Verdict
Panorama est un jeu familial bien construit, qui doit presque tout à son système de montgolfière : chaque tuile a un prix en tours, et c'est ce qui rend les choix intéressants. La bande de paysage à étendre par les côtés ajoute un casse-tête de raccord correct, et les objectifs communs renouvellent un peu les priorités d'une partie à l'autre. Le reste est plus faible : l'interaction se limite à prendre ou laisser une tuile, le thème reste un décor agréable sans lien avec le calcul des points, et la ressemblance avec Kingdomino lui enlève l'essentiel de sa nouveauté. Les illustrations et le prix contenu jouent en sa faveur, surtout pour initier des débutants ou jouer en famille. Si vous possédez déjà Kingdomino, l'intérêt de l'ajouter dépend surtout de votre envie de varier le mode de sélection des tuiles.



