Super Gang propose de régler les conflits entre gangs rivaux d'une manière peu commune : avec un pistolet à fléchettes en plastique. Publié au milieu des années 80, ce jeu vous place à la tête d'une bande de malfrats composée d'un Tueur, d'une Vamp et d'un Trafiquant. L'objectif est simple : prendre le contrôle de tout un quartier en rachetant ses commerces, ou plus directement, être le dernier gang encore debout après avoir éliminé tous vos adversaires. Pour y parvenir, il faudra braquer, racketter et négocier sur un plateauGlossaireSurface de jeu imprimée sur carton rigide, représentant la carte, le monde ou l'espace de jeu. qui rappelle les jeux de parcours de l'époque.
Un pistolet sur la table
L'élément qui a fait la réputation de Super Gang est sans conteste son pistolet. Lorsqu'un conflit éclate entre deux gangsters, les joueurs ne lancent pas de dés. Ils s'éloignent de la table, placent des cibles et tentent de les atteindre avec des fléchettes en mousse. Cette mécanique de dextérité est ce qui marque les esprits. Les premières fusillades sont amusantes, apportant une tension physique et un chaos bienvenu dans un jeu de gestion de territoire.
Cependant, cette originalité a ses limites. Les séances de tir, amusantes au début, peuvent ralentir considérablement le rythme de la partie et devenir répétitives. Le résultat des conflits dépend alors entièrement de l'adresse des joueurs, ce qui peut frustrer ceux qui préfèrent la stratégie pure. L'idée est mémorable, mais son exécution finit par peser sur des parties qui sont déjà très longues.
La loi de la rue
Ce qui fait tourner Super Gang, ce ne sont pas les dés, mais les discussions entre les joueurs. Le jeu encourage et récompense la négociation, les alliances de circonstance et les trahisons. Racketter un commerce, attaquer un rival, s'entendre pour affaiblir le joueur en tête : tout est prétexte à des échanges constants. C'est dans cette interaction permanente que le jeu trouve sa meilleure saveur. Les règles laissent une grande place aux arrangements officieux et aux menaces à peine voilées.
Cette dimension rend l'expérience particulièrement faible à deux joueurs, où la diplomatie perd tout son sens. Le jeu est pensé pour des tables de quatre ou cinq participants, prêts à s'investir dans un climat de méfiance généralisée. C'est un jeu social où la victoire se construit autant par les mots que par les actions sur le plateau.
L'épreuve du temps
Derrière son concept mémorable, Super Gang repose sur des fondations qui accusent leur âge. Le déplacement principal se fait par des lancers de dés, à la manière d'un jeu de l'oie, ce qui introduit une part de hasard importante et parfois frustrante. On peut passer plusieurs tours à attendre le bon jet pour atteindre une case cruciale.
Aujourd'hui épuisé, le jeu ne se trouve plus que sur le marché de l'occasion. Le matériel d'origine, notamment les figurines et le pistolet, montre aussi des signes de faiblesse par rapport aux standards actuels. La peinture des gangsters a tendance à s'écailler et le mécanisme de tir manque parfois de fiabilité. Super Gang est le témoin d'une époque où l'audace du concept primait sur l'équilibrage et la fluidité des mécaniques.
Verdict
Super Gang est moins un jeu de stratégie qu'une expérience. Il appartient à cette catégorie de jeux dont on se souvient avant tout pour une idée folle, ici celle de résoudre des conflits par un duel d'adresse. L'interaction entre les joueurs est son point fort : la négociation est constante, les coups bas sont la norme et la tension est bien présente. Le thème de la pègre est parfaitement servi par cette ambiance délétère. Cependant, le jeu souffre de mécaniques vieillissantes, d'une durée de partie excessive et d'un hasard trop présent dans les déplacements. Son statut de pièce de collection le rend difficile d'accès et son matériel ne résiste pas à la comparaison avec les productions modernes. C'est un objet culte, qui appartient davantage à l'histoire du jeu de société qu'aux tables de jeu actuelles.



