Aventuria Chalices of Power ne cherche pas à réinventer le jeu d'aventure coopératif. Il propose une chose précise : une campagne de jeu de rôle complète, scénarisée et jouable sans maître de jeu, le tout dans une seule boîte. Le jeu s'inscrit dans l'univers de L'Œil Noir, un classique du jeu de rôle allemand, mais sa porte d'entrée est conçue pour être large. Nul besoin de connaître cet univers pour se lancer dans la quête des sept calices magiques.
Le jeu de rôle sans maître de jeu
Le cœur de l'expérience se trouve dans sa structure narrative. Chaque scénario plonge les joueurs dans un récit où leurs choix ont un impact direct sur la suite des événements. Le système repose sur des tests de compétence classiques, résolus par un lancer de dé à vingt faces. Il faut obtenir un résultat inférieur ou égal à sa valeur de compétence pour réussir une action, qu'il s'agisse de se faufiler discrètement ou de persuader un personnage non-joueur.
Cette approche donne au jeu une saveur de jeu de rôle sur table traditionnel. La progression est tangible : entre chaque aventure, les personnages gagnent de l'expérience, acquièrent de l'équipement et améliorent leur paquet de cartes personnel. Ce deck-building lent mais constant permet de spécialiser son héros et de sentir sa montée en puissance au fil de la soixantaine d'heures que dure la campagne.
Un système de combat à l'ancienne
Quand la diplomatie échoue, les combats prennent le relais. Le système est un mélange de gestion de main et de hasard contrôlé. À votre tour, vous utilisez des points d'action pour jouer des cartes qui représentent des attaques, des sorts ou des manœuvres spéciales. Le succès de ces actions est ensuite validé par un lancer de dé à vingt faces, ce qui maintient une part d'incertitude.
Les affrontements sont tactiques et rapides. La gestion de l'endurance et des blessures est centrale, et les ennemis disposent de capacités variées qui obligent les joueurs à coordonner leurs efforts. Le résultat est un système qui rappelle des mécaniques plus anciennes, où la préparationGlossairePhase de préparation du jeu avant le début de la partie : tri des composants, distribution, placement initial. et l'optimisationGlossaireStratégie consistant à maximiser un aspect de son jeu en minimisant tout le reste. de son deck permettent de mitiger le hasard des dés sans jamais l'éliminer complètement. La coopération est essentielle pour venir à bout des défis les plus relevés.
Un engagement sur la durée
Avec une campagne annoncée entre 40 et 60 heures, Aventuria n'est pas un jeu que l'on sort pour une soirée. Il faut être clair : s'engager dans cette aventure demande un groupe de joueurs régulier et motivé. Le jeu est pensé comme un feuilleton ludique, où chaque session fait avancer une histoire globale. C'est à la fois sa plus grande force et sa principale contrainte.
Ce format long permet de développer une véritable connexion avec son personnage et de voir les conséquences de ses choix se déployer sur plusieurs actes. Les différents embranchements narratifs et la composition du groupe assurent une bonne rejouabilité, mais l'investissement initial reste conséquent. Le jeu s'adresse avant tout aux groupes qui cherchent une alternative au jeu de rôle classique ou un jeu d'aventure avec une forte composante narrative.
Des composants qui gâchent un peu la fête
Le tableau serait presque parfait si le matériel suivait. Plusieurs retours font état de problèmes de qualité qui ternissent l'expérience. Les cartes, élément central du jeu, sont parfois voilées dès l'ouverture de la boîte. Les compteurs de points de vie sont jugés peu pratiques et fragiles, et l'insert en plastique semble mal conçu pour organiser et protéger l'ensemble du contenu, surtout si l'on utilise des protège-cartes.
Ces défauts de fabrication sont regrettables, car ils contrastent avec l'ambition narrative et mécanique du projet. Pour un jeu destiné à être manipulé pendant des dizaines d'heures, la qualité des composants est un point qui ne devrait pas être négligé.
Verdict
Aventuria Chalices of Power réussit son pari principal : offrir une campagne de jeu de rôle dense et scénarisée sans avoir besoin d'un maître de jeu. Le mélange entre le deck-building pour la progression et les lancers de dé à vingt faces pour la résolution des actions fonctionne bien, créant une tension constante lors des combats et des tests. C'est un jeu qui demande un investissement en temps considérable, mais qui le récompense par une aventure riche et une véritable évolution des personnages. Il est cependant difficile d'ignorer la qualité décevante de certains composants, qui contraste avec l'ambition du projet. Le jeu s'adresse donc à un public prêt à s'investir dans une longue aventure et capable de passer outre des finitions matérielles perfectibles.



