Malhya n'est pas un jeu qui se sort pour une soirée. C'est un projet, un engagementGlossaireContribution financière à une campagne de crowdfunding, correspondant à un niveau de précommande. sur plusieurs dizaines d'heures qui entend mêler l'exploration d'un jeu de plateauGlossaireSurface de jeu imprimée sur carton rigide, représentant la carte, le monde ou l'espace de jeu. à la liberté narrative d'un jeu de rôle. Le principe est celui d'une campagne coopérative où un groupe de héros doit repousser une menace obscure. Sur le papier, la proposition est connue. Dans les faits, le jeu déploie une ambition qui le place dans la catégorie des expériences ludiques hors normes, pour le meilleur comme pour le pire.
Une histoire qui ne vous punit pas
Le cœur de Malhya est son système narratif, articulé autour de neuf livrets d'aventure. À la manière d'un livre dont vous êtes le héros, vos choix et la résolution de vos actions vous renvoient à différents paragraphes qui font avancer l'intrigue. La particularité du jeu, et son point fort principal, est sa gestion de l'échec. Plutôt que de vous forcer à recommencer un scénario raté, un échec ouvre une nouvelle branche narrative. L'histoire s'adapte, les conséquences se font sentir, mais l'aventure continue. Cette approche évite la frustration de la répétition, un écueil courant dans les jeux à campagne, et renforce l'idée que chaque partie, réussie ou non, construit une épopée unique.
Cette campagne de plus de 100 heures alterne plusieurs phases de jeu distinctes. L'exploration d'une carte régionale, le déplacement tactique dans des donjons, des séquences d'infiltration basées sur la discrétion et des combats. Cette variété maintient l'intérêt sur la durée et donne le sentiment de participer à une aventure complète, où la force brute n'est pas toujours la solution.
Le premier donjon, c'est le livret de règles
L'ambition de Malhya a un coût : sa complexité. Le jeu est accompagné d'un livret de règlesGlossaireLivret décrivant l'ensemble des règles, la mise en place, le déroulement et les conditions de victoire. de 80 pages, un volume qui suffit à décourager. Le principal reproche qui lui est fait n'est pas tant sa longueur que son manque d'ergonomie. L'absence d'un index ou d'un glossaire transforme la recherche d'un point de règle en cours de partie en une véritable épreuve. Il faut accepter de consacrer plusieurs heures à l'apprentissage et à la maîtrise de ses nombreux systèmes avant de pouvoir jouer fluidement.
Cette barrière à l'entrée est considérable et définit entièrement le public du jeu. Malhya s'adresse à des groupes de joueurs experts, très investis, qui ne craignent pas de s'approprier un système dense. Pour ceux qui voudraient goûter à l'expérience sans s'engager sur cent heures, des scénarios indépendants sont proposés. Ils permettent de découvrir les mécaniques de base, mais ne représentent qu'une infime partie de ce pour quoi le jeu a été conçu.
De l'infiltration tactique au hasard des dés
À la table, l'expérience se concentre autant sur la gestion de ses personnages que sur les choix narratifs. Les phases d'infiltration, souvent citées comme une réussite, demandent une planification et une coordination efficaces, offrant une tension différente de celle des combats. Ces derniers sont tactiques, mais reposent sur des lancers de dés qui peuvent parfois générer de la frustration. L'aléatoire y tient une place importante et peut défaire les plans les mieux préparés.
L'équilibrage est parfois pointé du doigt, avec des situations qui peuvent sembler trop punitives ou, à l'inverse, trop simples. C'est souvent le propre des jeux de cette envergure, où la quantité de contenu rend difficile un réglage parfait de chaque rencontre. Le matériel, lui, est à la hauteur de l'investissement : les plateaux sont de bonne facture, les figurines nombreuses et les illustrations contribuent à poser l'ambiance de cet univers fantastique.
Verdict
Malhya est un jeu d'aventure colossal, conçu pour un public de niche prêt à s'investir sur le long terme. Sa plus grande force réside dans sa structure narrative qui intègre l'échec comme un moteur de l'histoire plutôt qu'un obstacle. Cette approche rend la campagne organique et personnelle. Cependant, cette ambition se paie par une complexité extrême et un livret de règles qui constitue le premier et le plus grand défi du jeu. Les mécaniques sont variées, avec des phases d'infiltration réussies, même si le combat reste soumis aux caprices des dés. Le jeu s'adresse à un public qui cherche un projet au long cours, prêt à accepter des règles touffues pour vivre une histoire qui s'adapte à ses actions.



