Frosthaven n'est pas une simple suite à Gloomhaven. C'est une réévaluation de sa propre formule, une tentative de construire quelque chose de plus vaste sur des fondations déjà solides. Le jeu conserve le cœur tactique de son prédécesseur, un système de combat sans dé basé sur la gestion de main, mais l'enrobe d'une nouvelle couche de gestion qui change radicalement le rythme de l'aventure. Avec plus d'une centaine de scénarios et une boîte de près de 16 kilos, l'ambition est évidente. La question est de savoir si cette ambition sert toujours l'expérience de jeu.
Plus qu'un donjon, un village
La principale nouveauté de Frosthaven est la gestion de l'avant-poste qui donne son nom au jeu. Entre chaque scénario, vous ne vous contentez plus d'acheter de l'équipement et de monter en niveau. Vous devez maintenant gérer des ressources (bois, métal, peaux), construire et améliorer des bâtiments, et fabriquer vos propres objets. Cette phase est affectée par un cycle de saisons qui impose des contraintes et déclenche des événements narratifs spécifiques.
Sur le papier, l'idée est excellente. Elle donne un but tangible à la collecte de butin et ancre la campagne dans un lieu qui évolue grâce à vos actions. Vos victoires ne sont plus seulement des étapes dans une histoire, elles contribuent directement à la survie et à la prospérité d'une communauté. Cependant, à la table, cette phase de gestion divise. Pour certains groupes, elle représente une lourdeur administrative qui vient casser le rythme. Gérer les ressources et l'artisanat peut s'apparenter à une tâche fastidieuse qui s'intercale entre les moments de tension tactique. Pour d'autres, c'est précisément cette dimension qui donne tout son sel à la campagne, transformant une série de donjons en une véritable saga de reconstruction.
Un système de combat affiné, mais plus exigeant
Le cœur de Frosthaven reste ses combats tactiques. Chaque joueur choisit deux cartes de sa main pour déterminer son initiative et ses actions pour le tour. Le système de double action (le haut d'une carte, le bas de l'autre) est toujours aussi malin, forçant des choix cornéliens à chaque instant. La gestion de la fatigue, où chaque repos vous coûte une carte de façon permanente, crée une tension constante.
Sur ce point, Frosthaven affine la formule. Les règlesGlossaireLivret décrivant l'ensemble des règles, la mise en place, le déroulement et les conditions de victoire. ont été clarifiées, et les 17 nouvelles classes de personnages sont souvent jugées plus originales et complexes que celles de Gloomhaven. Les scénarios eux-mêmes gagnent en variété, avec des objectifs qui évoluent en cours de partie et des règles spéciales qui renouvellent les situations. Le revers de la médaille est une complexité et une difficulté générale en hausse. Les missions sont souvent plus longues et demandent une coordination encore plus précise. Le jeu est moins permissif, et un mauvais départ peut rapidement compromettre un scénario entier.
Le prix de l'ambition
Il est impossible de parler de Frosthaven sans évoquer son coût, non seulement financier mais aussi en termes d'investissement personnel. Le prix avoisine les 250 €, ce qui le place dans la catégorie des produits de luxe. Mais le véritable coût se mesure en temps. Une session de jeu complète, incluant l'installationGlossairePhase de préparation du jeu avant le début de la partie : tri des composants, distribution, placement initial. et le rangement qui peuvent prendre jusqu'à 30 minutes, dépasse souvent les trois heures.
Finir la campagne demande plusieurs centaines d'heures. Frosthaven n'est pas un jeu que l'on sort occasionnellement. C'est un projet de groupe, un engagement qui demande une équipe de joueurs motivés et réguliers. Sa masse de matériel, bien qu'impressionnante et de bonne qualité, exige une organisation rigoureuse pour ne pas transformer chaque début de partie en épreuve. Il s'adresse à un public qui sait précisément dans quoi il s'engage et qui cherche une expérience ludique capable d'occuper ses soirées pendant un an ou plus.
Verdict
Frosthaven réussit son pari d'être plus grand, plus riche et plus profond que son aîné. Le système de combat est affiné et les possibilités offertes par la campagne sont vertigineuses. La rejouabilité, avec ses multiples embranchements et ses nombreuses classes à débloquer, est l'une des plus importantes du marché. Cependant, son ambition se paie. La phase de gestion de l'avant-poste, bien que thématiquement cohérente, alourdit l'expérience et ne plaira pas à tous les amateurs du premier opus. Sa complexité accrue et le temps nécessaire pour la moindre session en font une expérience exclusive, presque un hobby à part entière. C'est un jeu monumental, mais qui demande un investissement si conséquent qu'il ne peut être recommandé qu'à une frange très spécifique de joueurs. Il s'adresse à un groupe prêt à lui consacrer une place centrale sur sa table pour de longs mois.



