Nucleum vous place à la tête d’un empire industriel dans une Saxe uchronique du 19e siècle qui aurait découvert l’atome. Le projet est porté par Simone Luciani (Barrage, Tzolk'in) et Dávid Turczi (Anachrony), deux noms qui suffisent à situer le niveau d’exigence. Il s’agit bien d’un jeu de stratégie lourd, où chaque action doit être pesée pour développer son réseau, produire de l’énergie et honorer des contrats. Ne vous attendez pas à une promenade, mais plutôt à un chantier complexe où chaque décision compte.
Un réseau, deux plateaux
Le cœur de Nucleum repose sur une mécanique d'action à double usage. À votre tour, vous posez une tuile Action. Soit vous la placez sur votre plateau personnelGlossairePlateau personnel devant chaque joueur pour gérer ses ressources, bâtiments ou cartes. pour déclencher ses effets immédiats (produire des ressources, prendre un contrat), soit vous l'utilisez sur le plateauGlossaireSurface de jeu imprimée sur carton rigide, représentant la carte, le monde ou l'espace de jeu. central pour construire une voie ferrée entre deux villes. Ce choix est permanent et structure toute la partie. Faut-il privilégier le développement de son moteur économique personnel ou l'expansionGlossaireAjout officiel à un jeu existant, apportant de nouvelles cartes, mécaniques ou scénarios. de son réseau pour accéder à de nouvelles opportunités et bloquer les adversaires ?
Cette tension rappelle celle de jeux comme Brass, où l'on doit construire pour soi tout en tenant compte de la géographie commune. Dans Nucleum, cette dynamique est encore plus marquée par la nécessité de relier ses bâtiments à des sources d'énergie. Une turbine isolée ne sert à rien. Il faut acheminer du charbon, puis de l'uranium, pour alimenter les villes et marquer des points. La planification à long terme est donc essentielle, car une erreur de placement en début de partie peut coûter cher plus tard.
Une machine pour joueurs experts
Soyons clairs : Nucleum n'est pas un jeu qui se laisse apprivoiser facilement. Les règlesGlossaireLivret décrivant l'ensemble des règles, la mise en place, le déroulement et les conditions de victoire. sont denses, les mécaniques sont nombreuses et interconnectées, et la première partie sert avant tout à comprendre comment les différents systèmes interagissent. Comptez bien deux à trois heures de jeu, surtout lors des premières sessions. La courbe d'apprentissage est exigeante et il faut accepter de ne pas tout maîtriser immédiatement.
C'est une proposition qui s'adresse à un public averti, celui qui apprécie de décortiquer un système complexe pour en trouver les meilleures synergies. Pour ce public, le jeu se révèle à chaque nouvelle partie, notamment grâce aux technologies de départ asymétriques qui orientent fortement les stratégies. Le mode solo, conçu par Dávid Turczi, est d'ailleurs un excellent moyen de s'entraîner. Il propose un adversaire automatisé solide qui force à optimiser ses actions et offre un véritable défi stratégique.
La Saxe nucléaire, un prétexte mécanique
Le thème du jeu, une révolution industrielle saxonne alimentée par l'énergie nucléaire, est pour le moins original. Il sert de toile de fond aux mécaniques, mais peine à créer une véritable atmosphère. L'iconographie est fonctionnelle et le matériel de bonne qualité, mais l'ensemble reste assez abstrait. On déplace des cubes, on pose des rails, on active des bâtiments pour marquer des points de victoire.
L'expérience est avant tout cérébrale. Le thème est un habillage qui justifie les actions, mais il ne raconte pas d'histoire. Ceux qui cherchent à s'immerger dans un univers resteront probablement sur leur faim. Nucleum est un jeu d'optimisation pure, où le plaisir vient de la construction d'un moteur efficace et de la résolution d'un puzzle logistique complexe. Le cadre uchronique est une curiosité plus qu'un véritable support narratif.
Verdict
Nucleum est un excellent jeu de stratégie pour qui il a été conçu : les joueurs experts en quête d'un défi mécanique profond. La double utilisation des tuiles d'action crée un dilemme permanent et la construction de réseau demande une planification rigoureuse. C'est un jeu de calcul et d'optimisation qui récompense l'investissement sur le long terme. Son principal obstacle est son accessibilité. Les règles sont nombreuses et les premières parties peuvent être laborieuses, le temps de visualiser comment tout s'articule. Le thème, quant à lui, reste un prétexte un peu étrange qui ne marquera pas les esprits. Les technologies asymétriques et la configuration variable du plateau assurent que chaque partie propose des défis renouvelés.


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