The Anarchy se présente comme un jeu de type flip & write, mais cette étiquette est trompeuse. Derrière ses feuilles à cocher se cache un jeu de gestion expert, dense, qui emprunte bien plus aux grands Eurogames qu’à ses cousins plus légers. Conçu comme le successeur spirituel de Hadrian's Wall, il en reprend les bases pour les complexifier, proposant un défi d'optimisationGlossaireStratégie consistant à maximiser un aspect de son jeu en minimisant tout le reste. destiné à un public averti.
Un Eurogame déguisé en jeu à cocher
Le cœur du jeu n'est pas de cocher des cases, mais de construire un moteur d'actions en chaîne. Chaque joueur gère deux feuilles distinctes, son château et son domaine, et doit allouer ressources et travailleurs pour débloquer des bonus qui, à leur tour, en débloquent d'autres. La satisfaction vient de ces combosGlossaireEnchaînement de cartes ou d'actions qui se renforcent mutuellement pour un effet décuplé. qui s'enchaînent, où une simple construction de muraille peut déclencher une cascade d'effets permettant de former une unité, d'augmenter son influence et de gagner des points de bravoure en un seul tour.
Tout repose sur cette mécanique d'engine-building. Les cinq manches de la partie voient ce moteur monter en puissance, et les derniers tours sont souvent une suite grisante d'actions bonus. C'est là que réside l'intérêt principal du jeu : une planification minutieuse qui aboutit à des tours extrêmement productifs. La gestion des ressources et des différents types de travailleurs est tendue, et chaque choix a des conséquences directes sur l'efficacité de votre domaine.
L'optimisation en vase clos
Ne vous attendez pas à des joutes verbales ou à des coups bas. L'interaction dans The Anarchy est quasi inexistante. Chaque joueur est entièrement absorbé par ses propres feuilles, cherchant la séquence d'actions la plus efficace. C'est une expérience de type "multijoueur solitaire", où l'on compare les scores à la fin sans avoir réellement influencé la partie des autres.
Cette concentration individuelle peut mener à des tours longs, où chacun calcule la meilleure séquence pour son propre puzzle. Le risque de paralysie analytique est réel, surtout lors des premières parties. Le jeu trouve d'ailleurs sa forme la plus aboutie en solo. Le mode campagne propose des scénarios et des défis variés qui exploitent parfaitement cette nature introspective du gameplay, sans les temps morts que peut imposer le jeu à plusieurs.
Une forteresse de règles
L'entrée dans The Anarchy demande un effort certain. Le livret de règles, avec ses quarante pages, place d'emblée le jeu dans la catégorie des poids lourds. Il faut généralement une partie complète pour que les différentes strates du jeu se connectent et que les stratégies commencent à émerger. Les nombreux symboles et les multiples pistes à gérer sur les feuilles peuvent être intimidants.
Cette complexité n'est pas une barrière infranchissable, mais elle réserve le jeu à un public qui apprécie les systèmes riches et n'a pas peur de s'investir dans l'apprentissage. Ceux qui connaissent déjà Hadrian's Wall auront une longueur d'avance pour comprendre la logique générale, mais devront tout de même assimiler de nouvelles subtilités, notamment dans la gestion des phases de défense.
Verdict
The Anarchy est une réussite pour ce qu'il cherche à être : un casse-tête d'optimisation complexe et exigeant. Il s'adresse avant tout aux joueurs solitaires ou aux groupes qui apprécient de résoudre leur propre puzzle sans interférence. Son principal obstacle reste son accessibilité ; les règles sont denses et la première partie peut sembler laborieuse. Le thème de la guerre civile anglaise habille l'ensemble de manière cohérente, soutenu par un matériel de bonne facture, mais il reste secondaire face à la pure mécanique. C'est une proposition qui ne fait aucun compromis, offrant une profondeur stratégique notable à ceux qui sont prêts à investir le temps nécessaire pour la maîtriser.



