Anthropic a ajouté à son outil de programmation Claude Code une règle qui lui interdit de recréer un jeu existant. Addy Osmani, membre de l'équipe technique de l'entreprise, a reconnu ce changement sur X le 30 octobre 2026. Deux phrases, repérées vers le 27 octobre, ont été intégrées aux instructions du logiciel. La première l'invite à créer des jeux originaux, des jeux d'un genre donné ou des jeux conçus à partir des créations et des ressources de l'utilisateur. La seconde lui demande de ne pas reconstituer un jeu existant précis, même renommé ou présenté comme original.
Une règle justifiée par la propriété intellectuelle
Addy Osmani explique vouloir empêcher Claude de recréer le jeu d'un autre, car se servir de l'outil pour enfreindre des droits de propriété intellectuelle est contraire à la politique d'utilisation d'Anthropic. Selon lui, les jeux originaux, les jeux de genre et ceux bâtis à partir de ses propres créations doivent continuer à fonctionner, et l'entreprise ajustera encore la règle. D'après les constats faits à ce stade, le blocage semble limité à l'utilisation conjointe de Claude Code et du modèle Opus 5.5.
Pour les jeux de société, l'enjeu est particulier : leurs mécaniques ne peuvent généralement pas être protégées par le droit d'auteur, ce qui les expose aux imitations produites par IA. La société américaine Sembit avait ainsi obtenu de Claude Code, en quatre minutes, une version de Catan jouable dans un navigateur, mais qui présentait d'importants bugs et dont certaines fonctions de jeu ne marchaient pas. Les copies en ligne n'ont pourtant pas attendu l'IA. Lancé en 2017 sous le nom de Katan.io, Colonist.io se présente comme une alternative gratuite à Catan et revendique 60 millions de parties jouées et 3,6 millions de joueurs actifs en 2025. La plateforme affirme être légale au regard du droit américain. Certains ayants droit agissent toutefois : Disney a fait fermer en 2024 Pixelborn, un simulateur non officiel de Disney Lorcana qui reprenait les illustrations protégées des cartes. Selon son créateur, Pavel Kolev, plus de 6,5 millions de parties y avaient été jouées.
Des projets privés aussi refusés
La règle touche déjà des joueurs. Un utilisateur voulait créer une version en ligne privée, protégée par un mot de passe, d'un jeu coopératif du commerce, pour jouer à distance avec des amis. Claude a refusé, bien que l'utilisateur ait précisé que cette adaptation ne serait pas diffusée publiquement, et lui a proposé à la place de concevoir un jeu original reprenant des mécaniques similaires.
Raymond Weiss, qui dirige l'éditeur de wargames Conflict Simulations, a lui aussi été bloqué. Sa maison a publié une trentaine de jeux depuis 2017 ; il réalise en outre, à l'aide de l'IA, des adaptations numériques de wargames d'autres éditeurs, sans licence, facturées entre 400 et 800 dollars par projet. Il a signalé les refus de Claude Code sur GitHub.
D'autres outils d'IA prennent le relais
La restriction ne vaut que pour les logiciels d'Anthropic. Dans un billet de blog publié le 2 novembre, Raymond Weiss indique avoir déjà repris le travail interrompu en se tournant vers les outils concurrents OpenAI Codex et Kimi. Pour qui souhaite adapter un jeu de société existant sans autorisation, le refus de Claude Code impose donc de changer d'outil, sans rendre la démarche impossible.
