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Jeux de société écolos : engagement sincère ou greenwashing ?

Jeux de société écolos : engagement sincère ou greenwashing ? — Jeu de société | PartiePrise

Les jeux à thématique écologique s'imposent dans les palmarès les plus prestigieux. Simple tendance marketing pour surfer sur l'air du temps ou véritable engagement des auteurs ?

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Thomas

Les jeux de société sur la nature ont toujours existé. Mais une nouvelle vague, plus politique et engagée, s'impose dans les palmarès. Ces titres ne se contentent plus de célébrer la faune et la flore ; ils modélisent des crises, des écosystèmes fragiles et des futurs possibles. Cette tendance soulève une question légitime : s'agit-il d'un engagementGlossaireContribution financière à une campagne de crowdfunding, correspondant à un niveau de précommande. sincère des créateurs ou d'une simple récupération marketing, un greenwashing de bon aloi pour capter un public soucieux de ces enjeux ? La réponse se trouve moins sur la couverture de la boîte que dans les rouages de leurs mécaniques.

La tentation du décorum vert

Il est facile de voir cette tendance d'un œil cynique. L'écologie est un sujet porteur, et l'industrie du jeu, comme toute autre, répond aux attentes du marché. Un thème nature est souvent synonyme de matériel agréable à manipuler et d'illustrations apaisantes, des arguments de vente efficaces. On peut ainsi trouver des jeux où l'écologie n'est qu'un décor, une couche thématique fine appliquée sur des mécaniques qui pourraient servir n'importe quel autre univers. Dans ces cas-là, la critique du greenwashing est justifiée. Le thème devient un simple argument commercial, déconnecté de l'expérience de jeu elle-même.

Le paradoxe se situe aussi dans la matérialité de l'objet. Un jeu qui prône la sauvegarde de la planète mais dont la production implique des milliers de kilomètres de transport et une abondance de plastique thermoformé pose un problème de cohérence. La démarche ne peut être crédible que si elle s'accompagne d'une réflexion sur les modes de fabrication, un chantier complexe sur lequel peu d'éditeurs s'aventurent encore publiquement. La critique ne peut donc pas se limiter au seul message porté par le jeu, mais doit englober l'ensemble de son cycle de vie.

Quand la mécanique porte le message

Cependant, réduire cette vague à un simple opportunisme serait une erreur. Plusieurs titres primés récemment démontrent une ambition bien plus profonde. Leur force ne réside pas dans leur thème, mais dans la manière dont leurs systèmes de jeu traduisent les enjeux écologiques en dilemmes concrets pour les joueurs.

Prenons le cas de Daybreak, un jeu coopératif de Matt Leacock, l'auteur de Pandemic. Le sujet est frontal : lutter contre le réchauffement climatique. Vous n'êtes pas là pour observer la nature, mais pour la sauver d'une catastrophe que vous avez vous-même provoquée. La mécanique centrale est un engine building où chaque joueur, incarnant une puissance mondiale, doit développer des technologies et des politiques pour réduire ses émissions de carbone et atteindre la neutralité. Le jeu se joue en simultané, créant une dynamique d'urgence collective.

Ce qui distingue Daybreak d'un simple placage thématique, c'est que chaque règle sert le propos. La tension ne vient pas d'un ennemi extérieur abstrait, mais des conséquences directes des actions des joueurs. Les émissions collectives font monter la température mondiale, déclenchant des cartes Crise qui pénalisent tout le monde. La victoire n'est possible que si tous les joueurs atteignent l'objectif. Le jeu modélise ainsi l'interdépendance et la responsabilité partagée qui sont au cœur du problème climatique. On y retrouve la course contre la montre chère à l'auteur, mais appliquée à un système économique et politique qu'il faut transformer de l'intérieur. Le jeu n'est pas seulement sur le climat ; il est un modèle simplifié de la crise climatique.

Plus qu'un thème, un système

La véritable distinction entre un engagement authentique et le greenwashing ludique se situe ici : la capacité d'un jeu à faire de son thème le moteur de ses mécaniques. Un jeu réussi sur l'écologie ne vous dit pas quoi penser. Il vous place au cœur d'un système complexe et vous laisse faire face aux conséquences de vos choix. Il utilise le langage du jeu ; la gestion de ressources, les objectifs, les contraintes, les interactions, pour explorer un problème.

Ces jeux ne sont pas nécessairement moralisateurs ou pessimistes. Daybreak, par exemple, est volontairement optimiste, axé sur les solutions et la coopération. L'objectif n'est pas de culpabiliser le joueur, mais de lui faire entrevoir la complexité des solutions et la nécessité d'une action coordonnée. Le hasard de la pioche de cartes Projet, qui peuvent être des technologies ou des politiques, montre bien que les solutions ne sont pas toujours disponibles quand on en a besoin, forçant à l'adaptation.

Les auteurs et les éditeurs reconnaissent que le jeu de société est un outil puissant pour simuler et faire comprendre des systèmes complexes. Plutôt que de simplement divertir, ces jeux proposent une réflexion. La question n'est plus de savoir si le thème est vendeur, mais s'il est traité avec intelligence et intégrité à travers les règlesGlossaireLivret décrivant l'ensemble des règles, la mise en place, le déroulement et les conditions de victoire.. C'est à cette condition que le jeu de société peut dépasser le statut de simple produit de consommation pour devenir un véritable objet culturel, capable de nous interroger sur le monde qui nous entoure.

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