Gloomhaven propose un pacte : des dizaines, voire des centaines d'heures de jeu en échange d'un investissement conséquent en temps et en apprentissage. Le jeu est souvent présenté comme une référence du dungeon crawlerGlossaireJeu d'exploration de donjons où les joueurs combattent des monstres et collectent du butin. coopératif, mais cette étiquette masque sa véritable nature. C'est avant tout un jeu de gestion et d'optimisationGlossaireStratégie consistant à maximiser un aspect de son jeu en minimisant tout le reste. tactique, habillé en aventure fantasy.
Un puzzle tactique sans dés
Le cœur de Gloomhaven, c'est son système de combat. Oubliez les lancers de dés. À chaque tour, vous choisissez secrètement deux cartes de votre main. L'une d'elles fixe votre initiative, déterminant quand vous agirez. Une fois votre tour venu, vous devez utiliser l'action supérieure d'une carte et l'action inférieure de l'autre. Cet arbitrage est permanent : la meilleure attaque est peut-être sur une carte avec un déplacement médiocre, et la carte qui vous permet de passer rapidement votre tour contient une action dont vous n'avez pas besoin.
Ce système crée un puzzle tactique à chaque manche. Il faut anticiper les actions des monstres, se coordonner avec ses alliés sans pouvoir tout se dire, et surtout, gérer sa main de cartes. Car les cartes jouées ne reviennent pas facilement. Elles sont votre ressource principale, mais aussi vos points de vie symboliques. Une fois votre pioche et votre défausse épuisées, votre personnage est hors de combat. Chaque scénario est donc une course contre la montre où l'efficacité est la clé. Cette mécanique donne un contrôle presque total sur les actions, et la victoire dépend de la planification, pas de la chance.
Une campagne qui s'installe
L'autre pilier de Gloomhaven est sa campagne legacy. Le jeu contient 95 scénarios qui forment une histoire tentaculaire. Vos décisions ont des conséquences permanentes : des autocollants sont apposés sur la carte du monde pour marquer les lieux découverts, de nouveaux scénarios se débloquent, et des événements aléatoires façonnent la réputation de votre groupe de mercenaires.
Cette progression se ressent aussi au niveau des personnages. Chaque classe a son propre style de jeu, et les personnages gagnent de l'expérience, de l'équipement et de nouvelles compétences. Une fois leur quête personnelle accomplie, ils prennent leur retraite, ce qui débloque une nouvelle classe de personnage jouable pour le groupe. Ce cycle de renouvellement assure une grande variété sur le long terme et encourage à explorer les différentes facettes du système de jeu. L'ampleur du contenu est telle qu'une campagne peut occuper un groupe de joueurs pendant des mois.
L'envers du décor : une logistique exigeante
L'ambition de Gloomhaven a un prix. Le premier obstacle est celui des règles. Le livret est dense, et le jeu ne propose pas de tutoriel progressif. Il faut tout assimiler avant de se lancer, ce qui peut décourager. Pour une introduction plus douce au système, Gloomhaven : Les Mâchoires du Lion a été spécifiquement conçu avec des scénarios d'apprentissage.
Le second obstacle est matériel. La mise en place d'un scénario demande du temps : il faut trouver les bonnes tuiles de plateau, les jetons, les fiches de monstre et préparer les decks de cartes. Comptez une bonne trentaine de minutes avant de commencer à jouer, et une vingtaine pour tout ranger. Une session de jeu complète dépasse donc facilement les deux heures et demie. Cette contrainte logistique rend le jeu difficile à sortir sur un coup de tête et favorise les groupes de joueurs réguliers et organisés.
Verdict
Gloomhaven est avant tout un excellent jeu de puzzle tactique. Son système de combat par cartes, sans dés, est au service d'une campagne gigantesque qui offre une durée de vie hors norme. Mais cette ambition a un coût. L'accessibilité est son point faible : les règles sont denses et la logistique de chaque partie est une contrainte réelle qui pèse sur l'expérience. L'interaction entre les joueurs, basée sur une coordination à l'aveugle, ne plaira pas à tous les groupes. Il s'adresse à des joueurs prêts à s'investir sur le long terme dans un projet commun, et qui cherchent un défi coopératif où la planification prime sur le hasard.



