Le titre Moon Colony Bloodbath est une fausse piste. Il évoque une lutte acharnée entre joueurs pour le contrôle d'une base lunaire, mais la réalité à la table est tout autre. Il s'agit bien d'un jeu de survie, mais l'adversaire est le jeu lui-même. Chaque joueur développe sa colonie en parallèle, et le "bain de sang" décrit surtout la litanie de catastrophes qui s'abattent sur tout le monde, sans distinction.
Le concept est signé Donald X. Vaccarino, connu pour Dominion. Ici, il propose un jeu de construction de moteur où l'objectif principal n'est pas tant de devenir le plus puissant que de finir la partie avec encore quelques colons en vie.
Le bain de sang n'aura pas lieu
L'interaction directeGlossaireActions qui affectent directement les autres joueurs : attaque, vol, blocage. entre les joueurs est quasi inexistante. Chacun gère son propre plateauGlossaireSurface de jeu imprimée sur carton rigide, représentant la carte, le monde ou l'espace de jeu., tente de développer ses infrastructures et d'augmenter sa population. Les actions sont choisies et résolues simultanément, ce qui rend les tours très rapides, peu importe que vous soyez seul ou à cinq. La compétitionGlossaireCompétition organisée autour d'un jeu de société spécifique, avec classement et parfois des prix. est indirecte : il faut simplement survivre mieux que les autres.
Le véritable adversaire est le paquet de cartes commun, le "Progress Deck". À chaque tour, une carte est révélée. Soit elle autorise une phase d'action où chacun peut construire, miner ou rechercher, soit elle déclenche un événement, souvent négatif. C'est là que le jeu montre son visage : des pannes de système, des robots qui se retournent contre leurs créateurs, des pénuries... La lutte est constante et partagée, créant un sentiment de calamité collective plutôt qu'une confrontation personnelle.
Construire pour mieux déconstruire
Moon Colony Bloodbath se définit comme un jeu de "construction et destruction de moteur". Oubliez les courbes de puissance exponentielles des engine-builders classiques. Ici, chaque nouveau bâtiment est une cible potentielle. À la table, on passe son temps à réparer les dégâts, à remplacer les colons perdus et à s'adapter à la dernière catastrophe en date.
Le plaisir ne vient pas de l'optimisationGlossaireStratégie consistant à maximiser un aspect de son jeu en minimisant tout le reste. d'un moteur parfait, mais de la gestion de crise. Le jeu force à prendre des décisions difficiles sous pression. Faut-il investir dans la production de nourriture au risque de voir ses infrastructures énergétiques s'effondrer au tour suivant ? C'est ce cycle de construction précaire et de destruction inévitable qui fait le cœur du jeu. La partie s'arrête d'ailleurs brutalement quand un joueur perd son dernier colon, renforçant cette tension permanente.
L'ombre de Dominion
La filiation avec Dominion s'arrête au nom de l'auteur. Moon Colony Bloodbath n'est pas un deck-building. Les joueurs ne construisent pas un paquet de cartes personnel. Ils piochent dans une réserve commune pour ajouter des bâtiments à leur tableau. Les mécaniques sont plus proches du développement de tableau que de la gestion de main.
Ceux qui s'attendent à retrouver les sensations de combinaisons et d'épuration de deck de Dominion seront désorientés. Le jeu est plus direct, plus chaotique et bien plus soumis au hasard de la pioche commune. Il faut l'aborder pour ce qu'il est : une expérience plus légère et brutale, où la stratégie à long terme est souvent mise à mal par des événements imprévisibles.
Verdict
Moon Colony Bloodbath est un jeu de survie malin qui prend le contre-pied des attentes. Sa mécanique de destruction de moteur offre une dynamique de jeu tendue, où chaque tour peut anéantir les efforts précédents. Le rythme est rapide grâce aux actions simultanées, et le chaos généré par le paquet d'événements assure des parties pleines de rebondissements. Son principal défaut est une interaction entre joueurs très faible, qui le rapproche d'une course en solitaire contre le hasard. Le thème est bien présent dans le concept, même si le matériel reste fonctionnel sans plus. C'est un jeu de gestion de crise, amusant par son côté punitif. Il s'adresse à ceux qui apprécient de voir leurs plans méthodiquement détruits par le jeu lui-même.



